En 1909, le groupe littéraire Noor-Eesti
(Jeune-Estonie) a publié dans son troisième album
une sélection de poèmes français contenant
des textes de Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud, Albert Samain,
Sully Prudhomme, Paul Verlaine et Émile Verhaeren. Le
langage figuratif post-baudelairien et les préoccupations
esthétiques et cognitives de la seconde moitié
du XIXe siècle dans la poésie française
étaient fondamentalement étrangers pour les lecteurs
estoniens de l'époque. La poétique des traductions
et la composition de l'ensemble donnent pourtant une nouvelle
cohérence commune aux textes choisis. Les Jeunes-Estoniens
donnent à la poétique française une dimension
familière, tout en soulignant la différence et
l'étrangeté de la littérature française
dans leurs écrits critiques de la même période
et par le dosage bien calculé des textes moins adaptables
à la tradition poétique estonienne. Ils jouent
ainsi d'une façon très efficace de l'horizon d'attente
des lecteurs contemporains et leur proposent une moyen acceptable
pour élargir leur répertoire culturel, encore aujourd'hui
très fortement marqué par les contributions des
Jeunes-Estoniens.